P-Waves et Cherry Blossom

Le Japon a été secoué de 890 répliques depuis le 11 mars.

Les quelques-uns qui ont passé les 3 dernières semaines ici témoignent tous d’une sorte d’intoxication partagée. L’oreille interne résonne un peu, laisse l’équilibre étrangement hypersensible (ou peut-être un peu ivre ?). 

Il y a des secousses que je méprends pour un coup de coude sur la table. Les battements de mes artères fémorales que je confonds pour un 4,5 en magnitude. Ça vient aux demies-heure, des titubements incertains, ma verticale qui doute. Tout le monde se parle de cette même narcose étrange, celle qui donne l’illusion, ou la preuve, que la terre est plus meuble qu’à l’habitude.

Bref, je romance un peu pour dire qu’autour ça parle d’étourdissements, réels ou imaginés (oui oui, quelques vertiges aussi). 

Les moments les plus surréels viennent quand, dans un endroit public, tous les cellulaires se mettent en alarme, pour prévenir d’une secousse à venir. Oui, on peut prévoir un tremblement de terre, mais seulement de quelques 20 secondes à l’avance. Je vous jure, absolument tous les japonais ont sur leur téléphone le “P-waves alert”. Et la pièce se remplie, pas de douces sonneries de téléphone, mais d’un concert d’alarmes alarmantes. Plus personne ne parle. Tout le monde fixe le vide dans les airs. Et quelques secondes après (5 ou 10), miraculeusement, le sol bouge pour vrai.

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Mon entrée à la Tama Art University est repoussée jusqu’à la fin du mois d’Avril.

En attendant, Tokyo se réveille. Le printemps est arrivé. Les étrangers aussi reviennent au compte goûte. 

Mais surtout, Tokyo bourgeonne. 

C’est le printemps, c’est donc aussi la saison des Hanami (花見, “fleur voir”). Malgré tous les tracas des trois dernières semaines, le Japon se couvre progressivement de cerisiers en fleur. Oui c’est un éveil pas comme les autres années. C’est une sorte de convalescence. Une vraie.

Le  ‘front d’éclosion’ (桜前線) est parti du sud à Okinawa, et avance vers le nord et l’ile d’Hokkaido. Les japonais suivent les chaînes de météo, sans blague, pour connaître les dernières “prévisions de bourgeonnements”. Depuis quelques jours, le front a frappé Tokyo. La ville est de toute ses beautés. Grâces impériales.

Alors hier j’ai fait le Hanami avec des bénévoles rencontrés au centre de tri. Ça fait pratiquer le Japonais. Mais c’est surtout violemment thérapeutique. Indescriptible. Toutes les familles inondent les parcs d’une ambiance de samedi après midi, comme si c’était un printemps comme les autres. Premières vraies sorties publiques. Personne n’y manquait. 

Ça cure de l’ivresse des tremblements, ça cure de la nuke-phobie. Tout décante.

Je n’exagère pas, c’est vraiment indescriptible.  

Les dernières semaines étaient parmi les plus étranges de ma vie. Mais maintenant j’ai l’esprit léger, reposé. J’ai l’impression que je le mérite vraiment. Les Tokyoïtes le méritent vraiment. Je souhaite que la même exaltation suivera le front jusqu’au Nord-Est, pour requinquer ceux qui sont encore à zéro, en attente eux aussi des premiers bourgeons. 

Shinjuku Gyoen, un jardin national au centre-ville de Tokyo. 

Mǎlián Fāng, Olivier Jacques, Jonathan Whiston

Mousse de nombril

J’ai passé une bonne partie de la journée à marcher dans un jardin traditionnel japonais. L’espace est minuscule, mais il y a tant à voir. Perfection au microscope. La mousse verte, sur les pierres, les troncs, les lanternes; elle est taillée, entretenue, protégée. Diligence et minutie nippone, rien de moins. Pavillon japonais au coin de l’étang, angles droits et corniches aiguës, everything in its right place.

Je me sens surtout un peu vide. Tant de calme après un dix jours tortueux comme jamais. Le Japon s’est fendu en quatre, mais ici, au milieu des bonzaïs et des roseaux, il n’en est plus rien. Je reprend mon souffle en même temps que le pays, comme si je n’avais pas respiré depuis 6 mois. Ciel que ma tête en a absorbé depuis le 11 mars. 

Je suis coincé dans une ville du nom de Nikko, à peine au nord de Tokyo. Je n’irai pas plus loin, à moins que ma tête ne s’emballe encore d’ambitions mal calculées. Je ne peux pas trouver d’essence, la moto est d’une lenteur, la pluie est verglaçante, 3 degrés Celsius, la ville est sans électricité pendant le jour. Ça me fait sourire. Soudainement, tout semble ridicule. Je suis parti de Tokyo, le temps était magnifique. Ciel bleu, plus de 15 degrés; la route était à moi, sans embûche possible. Le plus drôle c’est que je n’ai même pas fait 160 kilomètres. Rien a fonctionné.

Ça prenait pourtant juste cette trappe pour m’arrêter, de force ou de logique, le temps que je mette les choses en perspective, que l’urgence s’apaise, que ma taille se réduise, que le monde redevienne très grand, et que je puisse flâner, la tête vide, sans twitter, sans nouvelles, sans alarmes, dans les temples et jardins de Nikko, ville de l’Unesco.  

Ma journée de sightseeing était surréelle en soit. Hôtels vides, temples vides, commerces fermés, pas d’électricité, je pratique mon japonais, ma courtoisie. La dame de l’hôtel m’a remercié d’être venu jusqu’ici. “Nikko is beautiful”. La
dame du resto, elle, m’a remercié d’être resté au Japon. Elle m’a dit qu’à la télévision, ils ne parlaient que des fly-jin, un jeu de mot entre “gaijin” (étrangers) et ceux qui ont ‘flyé’ hors du pays.

Ça ne me fait pas pour autant oublier le nord-est du Japon. Sauf que je crois bien avoir manqué mon rendez-vous avec ’Habitat for humanity’ à Sendai. Ils ne m’attendaient pas non plus, communications impossibles, mais ils sont probablement rendus dans une autre ville plus au Nord, pour construire des abris temporaires. 

À Tokyo, de nouveaux groupes se préparent enfin. J’ai reçu trois mails, aujourd’hui seulement. Je rentre dans la métropole, s’il peut arrêter de neiger.

Les choses retrouvent un ordre perdu. Surtout pour ma naïveté après beaucoup trop de confusion nucléaire. Everything a little bit more in its right place. Enfin.

À sec, trempé.

Sur la route vers Sendai.

Plus j’approche, moins je peux trouver d’essence. J’ai quelques réserves, mais je vois bien que ça devient impossible. Toutes les stations sont fermées, certaines avec des files d’une centaine de voiture qui attendent que ça ouvre.

Il me reste quelques litres dans des bouteilles de coke. Je suis au point où j’en ai assez pour rebrousser chemin, ou continuer sans savoir ce qui m’attend. Il pleut des cordes. Il fait 8 degrés Celsius. L’orgueil encore en prend un coup.

Soudainement ça m’apparaît très clair : je suis bien trop petit pour tout ça.  Je sers les dents et essaie de ne pas me sentir perdant. Humilité. Humilité.

Nuages roses et coeur de cygne

Pfffff … finalement, le monstre dans l’armoire qui empêche tous ces gens de dormir, il n’est pas très très méchant.

Micro ou Milli Sievert ?

Bah ! Même si tu fais x1000, t’es encore pas mal safe.

Je me rends surtout compte en bout de ligne que la nomenclature des catastrophes est tellement mal utilisée. Mal rapportée. Pour un individu qui comme moi n’y connait rien, le ‘risk management’ devient complètement impossible contre les envolées lyriques des faux spécialistes du nucléaire.

Finalement, ici, les seules victimes de la Nouvelle Grande Menace sont ces 180 employés qui se relayent à l’usine pour gérer des réactions en chaine ininterrompues. Ont-ils repris le contrôle de la centrale au moins ? Pas du tout. La centrale s’emballe et tranquillement devient un incommensurable merdier. Mais qu’est-ce que ça veut dire un merdier nucléaire ? Que toute la côte Est Américaine doit s’acheter des capsules d’iodes ? Arf … S’il vous plait !

Pour l’instant, ce que ça veut dire, c’est surtout que ces ouvriers doivent absorber la pénible irradiation d’une paranoïa internationale incontrôlable ; la dernière vrille psycho-sociale après les War on Terror, grippe aviaire, H1N1, le kirpan et les mosquées à Manhattan. La menace du Nuke-puke.

J’insiste. Je ne suis pas en train de dire que la situation n’est pas inquiétante ou exceptionnellement pénible. Mais qui es-tu toi qui oses me parler de la fin du monde ? Ménage tes mots avant d’aller vendre tes journaux ou d’annoncer tes nouvelles. C’est toi en bout de ligne qui pèses lourd sur un pays déjà déchu, une nation déjà en berne.

Une anecdote:

Hier. Café du coin. À ma gauche, une tablée de japonais s’affèrent autour d’un journal. Le grand-titre ironise : « Les grands-titres à travers le monde ». On y relate ce que les médias étrangers racontent, en grande verve, à propos de l’actuelle crise. Les japonais s’en tapent les cuisses. Quelles odieuses disproportions ! Au moins les cons de l’occident les font rire ces pauvres japonais. Tant de lamentations internationales, alors que le japonais moyen est incapable d’apitoiement. 

« The apocalypse ! » « Japan : Nuke Terror ! » « Chernobyl on steroids ! » « After 1945, Japan’s nuclear nightmare comes again ! » « Complete Full Core Meltdown ! » « Tokyo : Ghost city ! » « Pink clouds to reach California tomorrow ! »

Pink Clouds ?!?

Les grands-titres et le délit de la paranoïa. J’arrête d’en parler parce que tout ça n’a rien de nouveau. Peut-être simplement que cette fois-ci, plus qu’à n’importe quel moment de ma vie, ma tête se déchire encore plus. Tirailleries ! Mi-Japon, mi-Occident. Mi-vérifiable, mi-fabuleux.

Pourtant, en moi, toujours aucune alarme. Je n’ai pas le gène qu’il faut pour déguerpir. Sauf qu’à la résidence d’étudiants étrangers où j’habite, 250 personnes sur 270 sont partis.

Oh !

Ok…

Je vais conjuguer seul avec ma pulsion de vie. Lires toutes les nouvelles moi même. Me raconter des histoires, chanter des chansons et border moi-même mes couvertures. Grand garçon. 

L’ironie c’est qu’au lendemain de mon dernier message, je suis venu près acheter un billet d’avion pour le Canada. Quelle dérision. Un jour, je crie haut et fort qu’il n’y aucune raison de partir. L’autre, j’étouffe complètement. Les humeurs, les convictions, changent aux 3 minutes, ou au rythme des nouvelles secousses. Tellement abrutissant que de passer des journées à lire sur le néfaste, la menace, le corrosif, la peau qui perce, les glandes qui boursoufflent ; de devoir me re-convaincre, à chaque nouveau twitt, que je contrôle pourtant encore mon quotidien, contrairement aux vrais sinistrés qui peuvent de toutes façons ne rien faire contre le vilain nuke-puke. Souvenirs Afghans en tête, alors que la confiance dure 3 secondes, la crainte aussi.

Je voulais donc rentrer au Canada, pas à cause des nuages roses, mais plutôt parce que je réalise finalement que je suis le seul perdant. Prisonnier du bunker à ne pas serrer ma famille dans mes bras, mais à ne pas non plus pouvoir aider qui que ce soit. Vouloir aider a beau être une pulsion naturelle, dans un cas comme ça, l’aide est plutôt institutionnelle. Et c’est correcte comme ça. 

Mon amie chinoise, une des dernières qui soient restées, est venue me demander ce qui m’affligeait. Elle dit que de loin j’ai l’air d’un tigre dans une cage avec un cœur de cygne. Oh ! Ça me convient ! une métaphore confucéenne ! Oui oui je suis en cage. Alors j’avale de grandes gorgées d’adrénaline gaspillée, et j’attends, modestement.

L’humilité, une valeur que le Japon enseigne à qui le veut bien. Allé ! Oublie ton ‘Moi’, et apprend la souplesse, le pli, le repli, la courbette et l’obéissance !

Oui maître.

En attendant je ne suis définitivement ni héro, ni victime. Ni au Canada ni au Japon. Alors je fais quoi ? J’écoute un film ? Je fais une compétition d’architecture ? Je lis un livre ? J’écris un blog pour dire que la vie est dure ? 

Ouch! Culpabilité corrosive. Quelle douleur ! Si vous saviez comment tout goûte amer, acerbe, acide.

Alors je ne fais rien. Je fixe mon écran. Dessine Pikachu, en attendant un appel au secours, les oreilles bien dressées. Le vrai problème c’est que c’est moi qui crie SOS, l’imbécile qui s’emmerde. Personne n’a besoin de ma nuisance.

Mais voilà qu’aujourd’hui le Japon m’a dit « go ! ». Je pars demain, sur ma moto. Il faut que je sois le plus léger possible sur un système déjà fragile. Je n’ai pas le droit d’être réfugié moi aussi. Auto-suffisance svp. J’ai ma tente, ma nourriture, mes couvertures, mes outils, mon papier de toilette, mes nerfs de tigre et mon cœur de cygne.

Je serai peut-être sans téléphone. Sans internet. On se parle à mon retour. Ne soyez pas inquiets, tout ça est beaucoup plus rassurant que le bunker où je suis depuis une semaine à remuer mon pathétisme sur Facebook :-)

Comment disparaître complètement

Il faut l’avouer cette fois, le moral commence à tomber.

Depuis vendredi après midi, je suis animé d’un certain optimisme contagieux. Je garde le calme. J’encourage les plus abattus, les plus craintifs. Je leur dit que tout ira bien, parce que j’y crois fermement : tout ira bien. Je veux joindre mon énergie à celle de ceux qui aident, jour et nuit, dans les zones les plus sinistrés. Pas maintenant me dit-on. Pas maintenant. J’attends. Chez moi. Devant Facebook et les nouvelles.

La vérité c’est qu’à Tokyo il n’y a pas de sinistre. À Tokyo il n’y a pas d’avaries ou de gens coincés sous les restes de leur propre maison. Depuis vendredi, je sais seulement qu’il ne m’est rien arrivé, à moi, citoyen de Tokyo. Vacillements et vertiges. Un peu d’incertitudes. Et puis plus rien. Oui, les infrastructures ont été secouées autant que les gratte-ciels de Shinjuku. Oui, les systèmes urbains d’une agglomération de 30 millions d’habitants mettent du temps à se resynchroniser. Oh, les journées sont longues, bien sûr. Les épiceries sont vides et on ne sait pas si elles seront pleines demain. Mais en fin de journée, loin du réel sinistre, les gens partagent une bière et regardent le dernier Johnny Depp sur leurs écrans de laptops.

Dans un autre coin on bavarde. On se raconte une journée où il ne s’est rien passé. Ou encore, on insiste une dernière fois sur les plus fins détails de notre deux minutes de 8.9 à nous. J’étais au resto; moi dehors; moi dans ma chambre. J’ai dormi au lab; moi à la station; moi chez des inconnus. J’ai eu tellement peur; moi aussi; moi aussi; oh surtout moi.

La légèreté de ces chroniques-souvenirs contraste avec les écrasantes images sur les téléviseurs allumés dans tous les salons ou les bureaux, sur les ‘live-streams’ ou les Twitts. Les médias plongent la main dans le sac pour trouver les images les plus horribles, les récits les plus radioactifs. Les réseaux sociaux font la même chose. Moi aussi.

Au début c’est bien, parce que sinon on pense que seulement quelques poteaux de téléphone ont valsé. L’information, iPhone à la main, arrive vive. Directe. Brûlante. On peut tout savoir. Et vite on mesure : Les voitures sont des grains de sables. Les vies aussi. Quelle horreur. Oh! Quelle horreur. 

Mais depuis hier, l’information est devenue un poison vicieux. Tout savoir devient une hantise. Surtout parce que les nouvelles sont mauvaises. Tellement toutes mauvaises.

Les twitts et les news-feed crachent des cris stridents, injection de mercure; les secousses secondaires deviennent des crises d’épilepsie. Les rumeurs deviennent poisons, contagion, aliénation. Pure délire. 

Avant-hier matin, snooze une autre secousse, mi rêve, mi aboiement. Plus tard, sieste de deux heures, un collègue : « Il faut partir trouver de l’eau ». J’ai la moto. Je fais ce que je peux. Je ne trouve rien. Hier, shake encore, et une autre explosion à la centrale. Ce matin, grosse secousse, deux autres explosions. Réactions en chaîne. Mental Meltdown.

Depuis hier tout le monde déserte, tout le monde s’en va, rentre à la maison, fuit vers le sud. Par précaution. Un doute nucléaire. Un « j’ai entendu dire que ». Selon moi, c’est très sage. Une bonne idée même. Mais si on choisit de rester, même rationnellement et logiquement, on devient l’imbécile, le téméraire, le méprisable. Dans mon bunker d’étrangers, on parle de la fin du monde. Dans la rue, les japonais retournent au Starbucks, et au Karaoke, magasinent des habits pour leur chien et bercent les poucettes. Pourquoi partir chercher de l’eau en panique ? Je vais plutôt me prendre un latté au coin de Seijogakuenmae.

En attendant, je m’informe sur les tiges nucléaires exposées à l’air. La chaleur. Le doute, l’attente. Je lis ensuite comment on a réglé la situation. Tout est en contrôle en attendant le prochain débordement. Je me surprends moi même à avoir peur. Peur de l’invisible.

Deux heures et demi plus tard, 8 étrangers déboulent en trombe à côté de moi pour me dire qu’une catastrophe nucléaire vient de survenir, qu’il faut tous s’en aller. Dans le vase clos d’étrangers, on panique avec la menace déjà passée et réglée de la veille. Je dois me battre de rationalité pour expliquer que tout est dans l’ordre depuis longtemps. On me traite d’ignorant.

- Olivier ! Il y a eu une deuxième explosion ! 

- Non, pas du tout. Il vient d’y avoir la quatrième, et tout est déjà sous contrôle en attendant la cinquième. Parce que bien sûr, il y en aura une cinquième.

En attendant, je n’ai rien à fuir. Depuis vendredi, 14h46, je ne suis dans aucune situation de danger. Aucun péril. Aujourd’hui, même l’air à Tokyo s’est envenimé pendant une heure. Avec les chiffres, il en aurait fallu exactement 10 000 fois plus, pendant 2 heures pour commencer à crier au danger. Les menaces du « worst case scenario » deviennent le quotidien des plus alarmistes. Je m’y refuse complètement.

Le nucléaire. Sinistre abstrait. Catastrophe microscopique. L’invisible ne donne que des « j’ai entendu dire que… ». Ivresse du bunker. Panique en vase clos. Autour de moi, les étrangers ne savent rien, lisent un coin de nouvelles et s’arrachent les cheveux. Bile noire, salive acide, toxines imaginaires. Obsession de la capsule d’iode. Et moi dans mon coin, je lis tous les mili-twitts, m’inonde des rapports officiels autant que de rumeurs ignorantes. Je surveille. Tellement calme, mais obsédé de tout savoir, à m’en souiller le cerveau à surdose d’épicentres et de magnitudes. Les images du sinistre sont tellement tangibles, presque plastiques. Et devant elles, il y a un brouillard nucléaire qui ne veut plus rien dire pour personne. Comment disparaître complètement. Des particules invisibles qui pourtant bloquent ma route, en barricades, me retenant de sauter sur ma moto pour aller aider au Nord.

Mes mains ne feraient certainement aucune différence la haut, mais pour l’instant, chaque pas que je ferais dans la direction opposée serait pour moi d’une déraison répugnante. Mon sang bouille pour aller plus près d’où ça compte. Mes bottes sont prêtes. Mes nerfs aussi. Mes yeux sont à l’affut, et maintenant, réalistement, ils n’y vois aucun danger. Pas question de jouer au héro, mais j’ai de ces débordements de rationalité parfois, et de penser qu’il “faut absolument” fuir est complètement irrationnel. Le Japon a besoin de gens qui ne l’abandonnent pas.

Merci pour les notes de soutien de tout le monde. Ça donne une énergie incroyable. Mais ne me demandez plus si je rentre au pays. Je ne suis pas un imbécile. Dites moi plutôt que vous me faites confiance, ça aidera à continuer. Pour l’instant je reste à Tokyo. Je verrai dans deux mili-twitts si je change d’idée. 

« Hey ! Wow ! I see that you love coffee ! Me too ! I like it so much ! »

Someone told me that, 2 seconds ago.

What are the odds that 2 people like us sit at the same table ??

It only happens when you travel abroad, when you think you’re far from people like you, you find your spiritual twin, living next door.  

I’m living on the edge … you know ? 

( I was in need of a profound minute of irony )

Dubai - دبيّ

We hear about Dubai every week or so. Well if you’re an architect that is. How high does it really reaches ? How far it tries to steal from the sea, and fill it with desert sand. Selling illusions (or mirages?) of prosperity and megalomaniac démesure !

First. It’s a freakin’ desert ! Who the hell would think it’s a good idea to live in a desert ? Some nomadic freaks, they ought to. But then, no matter how much you freeze your shopping centers and your limo, you can’t live there. I mean, you shouldn’t. For that, Dubai is such a young city. Probably something as old as the first climate change machine. Or as old as Las Vegas, maybe ?

The history of the ‘Emirates’ is quite funny too. Let’s over simplify a bit and generalize about culture, ‘cause that’s what we do best: Well seven man with some desertic libido were the first to take control of empty lands that nobody really wanted (apart from the British, of course), called themselves ‘Emirs’ (or sheikhs) and married their cousins. Give the land to their kids, who would somehow marry their cousins too. Pure royal family, enjoying themsleves in the desert, with tons of slaves. The Emirates still look like this to me, a place where some local people enjoy themselves. Well they changed the word slavery for opportunity. Now, Dubai enjoys itself a lot.

The truth is those pure blood families were quite poor until somebody told them they had petrol. And yeah, they have quite a lot. And quite wisely too, they thought about uniting some pure blood families to protect themselves from the outside world. United Emirates. Arabs. 7 families in total.

Oh but now they are so rich. Alarmingly rich. And they still marry their cousins too. So they are all princes in a way. Or emiratis. True UAE people. But in 7 millions of people in the country, these pure blood represent only 15%. Woah !! The rest makes for a lot of slaves then for these rich people in Bentleys ! A lot of Indian people. A LOT ! Nearly 3 millions. A LOT ! They don’t drive limos, believe me!

Anyway. Through all this. The UAE achieve some quite good experiments. Really. And now I’m not talking about the highest (quite possibly the ugliest) tower in the world, but really about something fundamental where a lot of countries around (some of which i visited lately) fail to even try. That is: How to throw your strong Islamic beliefs into a long time globalised modernity.

The clash is not always beautiful, but it exists. Dubai’s boulevards, going from one skyscraper cluster to the other, gets you to pass along a mosque every 500 meters or so, that looks quite like a Wal-Mart version of a religious building. At one point, everything looks like your driving in the “Arabia” section of Disney Land (or the Village des Sports). Beige plastered wall, too clean, with ugly neon signs, with ugly fonts. They replaced the prayer singer at the top of the minarets with Sony loudspeakers. Fine. I hear it everywhere. And I like it.

“Open doors, open minds”. They have their program to let us touch the untouchable muslims. They let dirty christians like me into their mosque, and made me realize that there is an Islamic “theory” out there that sounds quite sweet to the ears of xenophobic racists filled with prejudices, yeah, like me. I mean, i’m not, of course, it’s only irony, right?

The theory is sweeter… But in the end, after one month of hearing the 5 daily prayers from the minarets of Central Asia, even after hitting myself through the rawest demonstrations of islamic beliefs (Afghanistan), I like the facts better. In some ways a lot more then some catholic half-hearted beliefs.

But the UAE mess with my sens of irony as much as Afghanistan messed with my travelers imbalance. And this is great. This place is ugly and mindless as a functionsl city, but not unintersting. The older part of town, where the new skyscrapers are hardly visible through the heat waves on the desert, is quite astonishing. And it’s a good way to finish a month long trip through places of nomadic lands. Dubai looks like no oasis to me, even if it tries a lot, but the brief history it might have quite focus on it as a transit point in the greatness of The Gulf. All these old wooden boats parked in the creek, waiting to ship tons of refrigerators to Iran, Daewoo and Mitsubishi, in the breeze of nearby wind towers and spice markets. The ‘souqs’ are some places of exchange that really gives Dubai its soul as a liveable city. Spices, but also gold, textiles, pottery, electronics, fruits, wines, and trillions of tons of souvenirs, under covered alleys and screaming merchants. It kept me awake as a traveler for some few days, secretely dreaming of getting lost in that desert too. Sand dunes. Or in the salty waves of The Golf. Or in ugly skyscrapers ? Gigantic cathedral-like shopping centers? Yes yes. I like this place.

But this is all over. I woke up in Canada instead. And that makes me very happy too :-)

Kabul - کابل

I’m on a taxi to the bright side now. Really, nothing gets as dark as an Afghani airport. Logistics are spent on military check-ups. Not check-in services. Wait in a tent and your body and bags will be hand-checked 12 times. Not less. Barbwired. We’ll print your ticket and you will wait in lines against the wall. They don’t care about knives or harmless shampoo bottles. Only explosives. And forget about the duty free will you ?

Hard to trust any driver at first. Hard to trust anyone. Praised unknown. Shit in the pants. Where is the dark side ? I don’t know. Keep going.

Dust. One eye closed looking at the taxi window, Kabul’s hills backlit by a beige bright setting sun. Dust. I’ve never seen the air so heavy and thick, not even in the summer dried streets of Hanoi. Highly tensed, suspended air, as I like to think about. And the greyish plastered brick houses covering the high hills, colored like rocks, colored like floating dust, well, they just look suspended too. And nobody lied about the kites and the street children of Kabul. By thousands ! “Ils volent” !

What a trip it has been since one month. Drifting fast. Never really setting foot. It’s not wrong to me. It’s just the way I want it now. After one year in beautiful Vietnam. Oh that seems like one life ago.

It’s only my 4th day in Afghanistan. There won’t be too many I guess. The road to Bamiyan’s buddhas leftovers is now flooded. This is a no go. I’m coming home instead. Homesick indeed.

But straight when I felt that my traveler’s hubris was out of energy, I wake up here, in Kabul. And I found those precious chills again. Phobic instincts. Aroused. Awake. It’s beautiful. More beautiful than anything. Beyond the paranoid freak-show of the last few days, beyond the darkest of the canadian born prejudices, I’m stunned. Culturally stunned. Thank you.

But what’s the point of travelling here ? War tourism ? No ! I’m too naive for that. But then again this is no place for naive inquiries. Is it ? No game either. No gambling on kidnapping or suicide bombings. And no matter how far you can lie to yourself, there is no real sustained guilt over witnessing despair and poverty. Only misplaced empathy. But then I’m too naive for that too.

One morning, it just felt logical for me to come here. Rational me, in irrational Afghanistan, face to face with some ghosts which I don’t know anything about. Really. Nothing. Naive.

The ghosts of Afghanistan. Not like ours. Deep rooted in traditions, nailed to the ground, unquestionnable, defended by Allah’s will, by heavy burqas, by concrete blocks and speed bumps, by menacing AK-47 e-ve-ry-where, by Taliban approved beard lenght, no drinking, no public tenderness, by ruins of transgressions and by home made earthquakes of still fragile suicides, shaking the city back on the right track. Afghans’ ghosts.

  • “The problems we have here never allow us to be young. It eats us. And our face gets old, but we are kids, really.” Atim, 26.

Well I’m a kid too. Throw me to the streets, in this vernacular afgani chaos, an intricate disorder. Shake me. Clashes everywhere. Flocks of United Nation’s bright white land cruisers shooting promises of rebuilding a country on a puritan conservative background. Like bubbles of oil floating on grey water. Impossible to seize, impossible to fix, nor to mix. Well I’m oily too, gazed at, yelled at, even behind local cloths and a record setting bearded face, not allowed in Muslim sites, not allowed to photography woman, why would I ? I want it so badly. This impossible mixture, I knew about it before I came in. At first it’s romantic. Then it’s pure bowels fear. Then it’s guilt. Then it’s a dusty taxi ride on the bright side, as if I had this same old song in my head, always, always, always : “What the hell am I doing here. I don’t belong here.”

Then, what is it with all these kites too ? Flying so fragile in such a heavy sky ? Casting frail shadows on such a hard land ? They bring precious smiles that’s for sure. Precious smiles brushing out difficult sorrows. This will do for now. There’s no forcasts for any kind of future anyway, not through all this dust.

Can I be one of these kites then ? I’m naive enough. Frail enough. Quite careless too. I’ll fly then. To Canada at last.

4th border

Today I crossed the friendship bridge.
Walking.
Well, still floating i guess.
As I’m used to do, over the Amu-Daria.
That Oxus river. The spine of Central Asia.
 
Played the usual games with these costums soldiers, feels like dancing on one foot with a passport gently balancing on my nose. Nothing to declare.

Uzbek soldiers: trying to make me regret leaving their home, heavy papers, with heavy stamps, heavy eyebrows and heavy waiting.

Afghanis soldiers: openly letting me in, proudly showing a light grin of surprise.
Canada ? Tourist ?
Welcome, float-in. Floating papers and floating stamps. Floating heartbeats and floating brain.

Chasing my heartbeat on an island, lost in the world. Insular experiments.

Get lost Olivier.

I’m in Afghanistan.  

Khiva - Хива - خیوه + Bukhara - Bukhara - Buxoro - بُخارا

I remember starting this trip in a mist of civilisations. Blurred.
Crossroads and transits. Asia’s gone russian, and now the russians are gone, too.

I’ve spent the last week on a greater road. Samarkand, Khiva, Bukhara.
3 jewels built on layers of cities: destroyed, stacked, built again, burned, stolen, built again, restored, dusted, built again. Layers of history. Shoveled up.

That was Uzbekistan, finished already.

But I’m still trippin’ on that silk road.
Am I ? One of them I guess. There is so many.


I have problem transfering my own pics… so I will “reblog” the ones from others…


Samarcande - Самарқанд - سمرقند

“Et maintenant, promène ton regard sur Samarcande ! N’est-elle pas reine de la Terre ? Fière, au-dessus de toutes les villes, et dans ses mains leurs destinées ?” - Edgar Allan Poe

Fière. Enorgueillie, semble-t-il. Vizir à la tête haute. Khan au torse rond. Calife à la prophétie aiguisées. La gloire des khanates, Étirés, étendus de ce coté-ci de l’Amou Daria. Vu de l’est, Samarcande m’apparait comme la porte du désert. Un jardin terrasse sur la Transoxiane, avant le sable de Karakum, le désert noir.

Mille fois détruite, mais tout de même mille fois ambitieuse, Samarcande est fertile, cité des songes et des promesses. Raisins, melons, grenades, safran. Grandes médersas, études coraniques, algèbre, harem, minaret, divan et arsenal. À Samarcande se côtoyaient exceptionnellement prophètes, et mollah contre astronomes et philosophes. Cité progressive pour sûr.

Mais Samarcande frustre. Coït interrompu. Soie noircie de trop d’invasions, turques, timuriennes, arabes, mongoles ou russes.

En attendant, il reste la prose d’Omar Khayyam pour se laisser dériver. Rêver de desseins nomades, d’ivresse, de laisser-aller, de déviances. Et personnellement, rêver de Perse et d’Iran. Un jour.

Take the bills

The highest note in Uzbek money is 1000 sums. It’s worth something close to 65 cents. I came in and changed 120$ worth of sums. That’s close to 200 bills. How the hell does that fits discretely in one’s pockets ? It doesn’t.

Visa Hasselhoff

Feels like 50% of my time & budget is spent on legal issues.. Visa fees, letters of invitations, international transfers, express service, badakhshan travel permits, military check points (bribing), consular interviews or endless Offices of Visa and Registration.

So closed are these Central Asian republics. And with some time spent here, I gett to understand that for some countries here it’s the only tourist attraction they have. Remoteness is moneyable. Tourists hate tourists. Please get me to the deserted island where i can see only myself and my coconuts. Or my horse-milk in this case. Even the hassles to get your papers all in order are an adventure for the intrepids around. You get back home and you tell your mom and buds that life was so hard. Or you write it on your blog (check).

Kyrgyztan is the country with the biggest potential to please backpackers, with Alpine like trecks and hicking, gorgeous landscapes and (sometimes) a certain degree of unsafety. Than it’s the easiest country to get a visa for.

Tajikistan has NOTHING except nothingness. Let’s focus on something hard access. Harder is the visa to get.

Uzbekistan has it all to attract formal tourists. High quality historical sites and safety. German nannies walk around with Japanese hords. Real money, not backpacks leftover. 100$ for one Visa, 35$ for invitation letter. Expensive makes it for some hasssssssles. Backpackers still make it, still complaining that life is hard.

Turkmenistan. Almost as hard as North Korea. Obliged expensive escorts (tour operator).

Well, Afghanistan is quite easy to get a visa. Moneyable hassles have some limits, it seems.

Road trippin’ - the Pamirs

I left Osh ‘sur le pouce’, thumbs up, 6 am, hitch hicking in the deserted and burned down streets of Osh. Wishing for a truck to Tajikistan. A chinese truck. One every 2 or 3 hours. Or twice a day I was told. The mythical Pamir Highway. The myth of the nothingness. Once again. Here I am hunting shadows. Racing against myself.

Picked-up once by a Kyrgyz family. Paid the hell out of some kilometers.
Picked-up a second time by a man and his Tajik convoy. Paid nothing.
Followed him for 3 days of visiting his country, which he did not see since 3 years.
This man was Bozor. My new Ismaili friend.

As lonely as Marco Polo:



I’m a sheep. Lose my skull, put it on a pole, facing the road. Totem to a scarse hunting life. Marco Polo sheep.
The Pamir accounts for 45% of Tajikistan’s territory, but only 3% of its population.
Wild life. Into the wild. But what an irony did my friend Bozor made of all this emptyness.
We stoped every 5 meters.
Highjacking the houses of every single individual Bozor might have known since he is born (Bozor is my age).
All at once, the Pamir became for me the most crowded place I visited so far.
Away from lonesomeness in this fistfull of deserted souls.


The Milk Road:


I had nan bread with raw-milk-tea every single meal for 3 days.
Eating what families had to provide.
Sleeping where they had place for me to sleep.
80% of these parmiri earn less than 200$ a year.
Their milk is their pride. Horse milk. Fermented horse milk.
Horse milk butter, and horse milk cookies. And horse milk candies.
Horse milk is no good. But that’s ok right ?
Heard the voices of parmiri prayors, sharing their faith after each meals, 2 hands facing sky, slowly raising, and finally enveloping their mouth before symbollically washing it all away. Beautiful.
They speak Persian, sometimes Pamiri or Russian if they feel like.
I cut the fishes’ head. Built a concrete wall. Enjoy the final family fest, at Bozor’s house. And left. Keep going. Road trippin’ is all about keep going.

Everyone with a beard looks beautifully obscure.
Everyone on a horse looks like a snow leopard hunter.
Every woman’s eyes look like they throw severe thunder from years of restraint and reserve.
Every name sounds like Tolkien’s elfish imagination : Sholdigur, Yodgor, Pamittan, Rafsul.
Every Toyota Land Cruiser looks like a drug ship from Afghanistan to the world.
Bozor rides a Toyota Land Cruiser.